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L’impact du crack

Trafic de crack et l'impact sur l'immobilier à Paris.

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Temps de lecture : 11 minutes

Les futurs acquéreurs, mais surtout, les familles avec enfants refusent d’acheter un logement près d’une salle de shoot ou d’un lieu de rassemblement de toxicomanes. Dans les quartiers concernés comme le Xe arrondissement de Paris, avec l’hôpital Lariboisière et sa salle de shoot, l’immobilier a subi une décote d’environ 10%.

L’impact du crack sur l’immobilier touche plusieurs quartiers de Paris. Pour exemple, aux alentours de l’hôpital Lariboisière, les prix dans ce quartier qui étaient évalués entre 10 000 et 10 500€/m2, en raison de l’ouverture de la salle de shoot et l’arrivée du trafic de crack, les prix du m2 enregistrent une chute de l’ordre de 1 000 €. En appliquant la décote, le prix marge actuellement autour des 9 000€/m2.

Les propriétaires souhaitant vendre un bien dans le quartier doivent impérativement appliquer cette décote de 10%. Faute de quoi, le bien risque de rester longtemps sur le marché sans trouver d’acquéreurs.

Un exemple : après quatre mois sur le marché, un logement évalué par une agence à 780 000€, soit 9 176€/m2 est toujours sans acquéreurs. Le propriétaire n’accepte pas d’appliquer la décote. Situé en face de l’hôpital Lariboisière, l’appartement de 85m2, au 3e étage dans un immeuble haussmannien est proposé actuellement à 930 000€/m2, soit 10 941€/m2.

En revanche, pour d’autres acquéreurs dans le même quartier, la présence de la salle de shoot ne pose aucun problème. Au quatrième trimestre 2020, un jeune couple a acheté un appartement de 50 m2 pour 500 000€ (6e et dernier étage dans un immeuble Art déco).

Impact du crack, l'évolution des prix sur la capitale dans chaque arrondissement

SUR 3 MOIS L’ÉVOLUTION DES PRIX AU M2

Selon les spécialistes du secteur : « Les quartiers à problèmes comme le périmètre entre gare du Nord et Barbés ne semblent pas affoler les investisseurs. L’offre de location étant très faible, acheter un bien immobilier avec une décote de 10% est intéressant pour un investissement locatif ». En d’autres termes, « vous trouverez facilement un locataire pour un studio de 20m2 à 800€/mois hors charges ».

Carte de Paris décote ou surcote des prix par arrondissement

Source : Meilleurs Agents © Anne-Marie HALBARDIER

Les professionnels de l’immobilier, qui connaissent bien le secteur du Jardin Eole, sont persuadés qu’avec le départ des toxicomanes une plus-value dans cinq ans est possible. Actuellement le prix oscille entre 8 500 et 9 000€/m2.

Immobilier et crack, les habitants subissent des nuisances et de l’insécurité

Malheureusement le Xe n’est pas le seul arrondissement de Paris touché par ce problème. Dans le Nord-Est de Paris, le crack a submergé d’autres arrondissements comme le XVIIIe et le XIXe. Les propriétaires comme les locataires subissent les nuisances du trafic de crack. Pour les propriétaires habitants, c’est la double peine : dévalorisation du bien immobilier et, au même titre que les locataires, ils subissent l’insécurité de l’environnement.

LES PRINCIPAUX LIEUX DE CONSOMMATION DE CRACK À PARIS

Plan de Paris avec les 4 arrondissements subsistants le trafic de drogue comme le crack.

Source : Le Parisien © Anne-Marie HALBARDIER

De plus, pour certains résidents de ces quartiers, les frais de dégradation matérielle dûs aux toxicomanes commencent à peser lourd. Selon un habitant de l’une des résidences, « Lorsque vous êtes obligés de changer quatre à cinq fois la porte de parking, la note devient salée ». Ils constatent aussi amèrement que la prostitution s’est installée en bas de chez eux. Selon une habitante du quartier, depuis le début de l’année 2021, dans cette résidence de 200 personnes : « déjà six familles ont déménagé car ils en avaient marre de l’insécurité et de l’agressivité des toxicomanes ».

Une vie de quartier dégradée par les utilisateurs de crack

Pour nombre d’entre-eux, c’est l’enfer… À Stalingrad (19e) comme autour du Jardin d’Éole (18e et 19e), les riverains sont excédés. Ils ne se sentent plus en sécurité. Les toxicomanes errent comme « des zombies » en pleine rue, jour et nuit.

À la suite du démantèlement du camp porte de la Chapelle (dans le nord de Paris) les habitants du quartier de Stalingrad ont hérité des toxicomanes du crack.

Depuis son inauguration en 2007, le parc public « les jardins d’Eole » (18e) est occupé par les consommateurs de crack. Installés dans le parc, ils ont fait fuir les familles et les habitués. C’est devenu un lieu de trafic de drogue, d’errance et de prostitution.

L’Hôtel de ville précise : « Depuis quelques mois, nous avons réussi à reconquérir les deux tiers du parc. Les familles sont revenues et les enfants y jouent à nouveau ». L’installation de barrières limitent l’accès des toxicomanes à la partie haute du parc.

… Depuis le 17 mai

A titre temporaire et depuis le 17 mai, l’accès au Jardin d’Éole a été ouvert la nuit aux consommateurs de crack par les autorités (l’État et la mairie de Paris). Ce dispositif devait soulager les habitants du quartier et fixer les toxicomanes dans un lieu bien précis. Grâce à cela, les habitants du quartier devaient voir moins de drogués dans les rues et sur les places alentours. Pour les autorités, le jardin permet une surveillance des toxicomanes et de leurs dealers pendant la nuit.

ÉVACUATION DES TOXICOMANES DU QUARTIER STALINGRAD/JARDIN D’EOLE VERS LE SQUARE PORTE DE LA VILLETTE

Plan des arrondissements Nord de Paris. Evacuation des consommateurs de crack du secteur Stalingrad vers le square de la porte de la Villette.

Source : Le Parisien © Anne-Marie HALBARDIER

Un mois et demi plus tard et sous la pression des riverains, Anne Hidalgo (Maire de Paris) ferme l’accès du Jardin d’Eole aux consommateurs de crack. Le 30 juin, c’est l’évacuation des drogués par les CRS vers le square de la Villette.

Crack, les riverains se mobilisent, trop de vols, d’agressions et de deal

En septembre 2021, les habitants du quartier autour du Jardin d’Éole (18e-19e) sont descendus de nombreuses fois dans la rue pour manifester leur ras-le-bol. Ils sont exaspérés et ils ont peur. Les résidents n’osent même plus sortir leurs poubelles ou aller dans leurs caves. Le trafic de crack et la prostitution s’y sont installés. Ils sont régulièrement assaillis dès qu’ils sortent de chez eux pour aller faire leurs courses ou pour tous autres motifs. Ils se sentent impuissants et abandonnés par les pouvoirs publics.

Les toxicomanes sont très agressifs, les habitants, tirés par la manche pour de la mendicité, sont souvent suivis sur plusieurs mètres. Pour les parents, emmener les enfants à l’école devient très compliqué.

Être simplement dans la rue, c’est anxiogène. Selon les dires d’un habitant du quartier : « Pour notre sécurité et celle de nos enfants, cela devient très problématique. On n’ose plus sortir le soir. Dans le quartier, les agressions envers les résidents sont permanentes. Les querelles et les bagarres entrent toxicomanes sont devenues journalières. On subit du bruit jour et nuit ».

Le trafic du crack en France

L’observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) dénombre 43 000 usagers de crack en France dont 13 000 en Ile-de-France. Selon la police, à Paris, le trafic est concentré à 80% sur 3 arrondissements : les 10e, 18e et 19e. Par exemple, dans le quartier de Stalingrad (19e) chaque nuit, entre 80 et 120 drogués se retrouvent dans les rues. 

Qu’est-ce que le crack ?

Le crack, la drogue du pauvre, se présente sous la forme de petits cailloux. C’est un dérivé de la cocaïne mélangé avec de l’ammoniaque ou du bicarbonate de soude. Les effets sont plus puissants que la cocaïne mais éphémères. Les utilisateurs multiplient donc les prises.

Caillou de crack

Le crack est vendu environ 15€ pièce dans la rue, mais parfois moins. Peu chère, la drogue du pauvre est inhalée à l’aide d’une pipe à crack. Elle est addictive et destructive, s’attaque au cerveau et vous transforme en zombie. Elle entraine des complications : respiratoires, cardiaques et psychiatriques.

Selon une étude de l’OFDT et de l’Inserm, la majorité des consommateurs sont des hommes. De tout âge, ces personnes sont isolées socialement en très grande précarité, sans domicile fixe.

Les réseaux d’approvisionnement du crack

La cocaïne arrive principalement de Guyane via les aéroports français, Roissy et Orly. Elle est transportée par des « mules » qui ingèrent des petits paquets emballés sous cellophane. Arrivée en métropole, la drogue est dispatchée sur toute la France : Paris, Poitiers, Rennes, …

TRAFIC DE COCAINE ENTRE LA GUYANE ET LA FRANCE

Carte du Monde. Indiquant la géolocalisation de la Guyane et de la France

Source : Le Parisien © Anne-Marie HALBARDIER

La cocaïne est ensuite récupérée par des intermédiaires qui répartissent la drogue en petites quantité auprès de « cuisiniers ». Ceux-là sont en chargent de fabriquer les petits cailloux.

Structurés en petits réseaux et parfaitement bien organisés les dealers sont principalement de nationalité étrangère. Ils se disent sénégalais ou gabonais mais sans pièce d’identité, difficile d’établir leur nationalité. Très compliqué alors de les expulser du territoire national !

Trafic du crack, que font les instances policières et juridiques ?

Depuis 30 ans, dans le Nord-Est de Paris, les résidents des quartiers de Stalingrad, Barbés, gare du Nord ou La Chapelle subissent le trafic de drogue. Depuis 2017 en Ile-de-France, la consommation de crack est plus visible. Les dealers et les toxicomanes s’installent sur la « Colline du crack » (voir carte en début d’article) près de la porte de la Chapelle. La colline sera évacuée en 2019. Les consommateurs et fournisseurs de drogue, comme le crack, sont ballotés d’un lieu à l’autre entre Paris et les communes limitrophes.

En juin 2020, un groupe judicaire spécialiste du crack a été créé à Paris. Malgré tout, la police peine à endiguer le problème. Afin de monter un dossier solide et avoir un résultat judiciaire, un gros travail d’investigation, de surveillance et de filature est indispensable. Des interpellations sont alors réalisées mais cela prend du temps. Le groupe a ainsi établi 219 procédures impliquants 415 personnes, vendeurs et consommateurs réunis.

Selon une source policière : « Le crack n’est pas un problème policier ». C’est un problème sociétal et sanitaire.

Le parquet privilégie l’injonction thérapeutique pour certains consommateurs déférées devant la justice. Par conséquent, cela les oblige à un suivi médical. Cependant, pour d’autres consommateurs et trafiquants, c’est un déferrement devant la justice pour des mesures répressives.

Plus récemment… Les actions de l’état sur le trafic du crack

Le 15 juin, l’état a donné son feu vert pour la création de plusieurs lieux de consommation de crack à Paris. Ces lieux ne sont pas encore déterminés. Car cela risque d’être extrêmement complexe à trouver.

Le vendredi 30 juin 2021, sous la pression des résidents du quartier et dans l’urgence, la mairie de Paris et l’état délogent les toxicomanes du jardin d’Eole. Ils sont transférés en bus au square de la porte de la Villette. Lieu qui selon la préfecture n’a pas de riverains proches. Les résidents étaient exaspérés par : la mendicité agressive, les vols, la prostitution, le tapage nocturne et la dégradation de bien.

Le 26 septembre 2021, l’état érige un mur entre Paris et Pantin/Aubervilliers pour stopper les consommateurs de drogue. Le tunnel bloque ainsi le passage entre la rue du chemin-vert (19e) et Pantin (Seine-Saint-Denis). Les autorités veulent empêcher que ce lieu devienne un nouveau point de trafic et de consommation. Selon la police : « Nous intervenions déjà ici plus de cinq fois par jour ».

Et les actions des politiques ?

Côté politique, les pouvoirs publics sont impuissants. La maire de Paris, Anne Hidalgo, Valérie Pécresse, présidente de région Ile-de-France et l’état se renvoient la responsabilité de la gestion des drogués à Paris. Le ministre de la justice, Éric Dupont-Moretti annonce « réfléchir à des solutions pérennes ».

Le premier ministre Jean Castex est favorable à la prolongation du dispositif « salles de shoot » après 2022. Pour le moment seulement deux salles sont ouvertes, une à Paris, l’autre à Strasbourg.

Pour conclure, s’agissant de problèmes de santé publique et de sécurité intérieure, qui font partie des missions régaliennes, c’est à l’Etat et à ses administrations d’apporter les solutions pour traiter ce problème de manière durable.

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