Le dérèglement climatique engendre en ville de fortes chaleurs. Ainsi, les hausses de températures et les canicules sont plus importantes chaque année. Les premiers impactés sont les personnes âgées et toutes les personnes fragilisées. Réduire la chaleur dans les communes, une solution : végétaliser la ville.
Lors de période caniculaire à Paris comme dans d’autres villes, comment lutter contre et réduire le nombre de décès qui en découlent. C’est une étude internationale qui y répond en publiant les résultats dans une revue scientifique “NPJ Urban Sustainability”. Végétaliser la ville semble être une réponse positive et indispensable au problème de vagues de chaleur dans les zones habitées.
Ainsi, selon Hicham Achebak* : « Le point de départ était d’analyser les facteurs contextuels qui influent sur cette association entre températures élevées et risques de mortalité à Paris. »
Ce chercheur à l’Isem (1) a coordonné et réalisé cette étude en collaboration avec 2 centres de recherches, le premier à Londres et l’autre à Barcelone. La conclusion de celle-ci est incontestable : « Il faut végétaliser la ville. C’est la mesure la plus efficace pour réduire la vulnérabilité à la chaleur de la population. »
Afin de connaître le pourcentage de végétalisation de votre arrondissement, reportez-vous à la carte ci-dessous.
PAR ARRONDISSEMENT TAUX DE VÉGÉTALISATION À PARIS
– Entre 2019 et 2021 –
© Anne-Marie HALBARDIER – Sources : Achebak et al., Npj Urban Sustainability
Finalement, l’enquête atteste que “l’excès de mortalité lié aux fortes chaleurs” est le moins élevé dans les arrondissements les plus végétalisés. Et réciproquement.
Végétaliser la ville, un atout qui peut s’appliquer partout
Tout d’abord, l’étude se base sur l’analyse de milliers de données recueillies sur une période de 10 ans à Paris. La conclusion du chercheur, cette solution peut s’appliquer à toutes les métropoles. Premièrement, si le spécialiste des effets du dérèglement climatique sur la santé humaine, Hicham Achebak, a commencé par Paris, ce n’est pas un hasard. Et deuxièmement, la Ville lumière est, l’une des villes européennes, la plus touchée par la surmortalité lors des canicules.
Troisièmement, c’est une étude parue en 2023 dans “The Lancet” sur la mortalité des personnes de +85 ans qui avance les chiffres. « Elle est multipliée par 1,6 lorsque la température est supérieure à la moyenne. », souligne l’Inserm.
En outre, dans un futur proche, si les émissions de gaz à effet de serre restent très élevées, les décès pourraient fortement augmenter en cas de vagues de chaleur. Surtout, beaucoup d’études scientifiques anticipent, pour les années à venir, des pics records de températures allant jusqu’à 50° dans la capitale. Donc, végétaliser la ville permettrait facilement de diminuer son réchauffement.
Espaces verts, 1 des 3 facteurs importants de lutte contre la canicule en ville
Aux dires du scientifique, Paris est un vrai cas d’étude. « C’est la ville la plus dense d’Europe. Elle cumule de nombreux îlots de chaleur et on y trouve aussi d’importantes inégalités socio-économiques. »
Afin de réaliser cette étude, la 1re étape a été de collecter les données de mortalité journalière dans les 20 arrondissements parisiens. Seconde étape, rapprocher ces chiffres aux températures relevées.
Conclusion, cette analyse souligne bien une surmortalité lorsque le thermomètre devient fou. Si, sur 1 journée, la température atteint une moyenne de 30°C, le risque de décès grimpe de 23,5%.
« Nous avons ensuite combiné ces résultats à une vingtaine d’indicateurs pour voir s’ils faisaient augmenter ou diminuer cette surmortalité. », déclare Hicham Achebak.
Voici les 3 principaux indicateurs retenus :
- Caractéristiques du bâti, logements plus ou moins isolés ;
- Données socio-économiques afin de mesurer le niveau de vie ;
- Environnement urbain avec le taux de végétation.
En cas de canicule, c’est le facteur “Environnement urbain” qui permet une meilleure protection de la santé humaine. Pourquoi ? Parce que les espaces verts concourent à faire tomber les températures, mais pas seulement. « La végétation améliore aussi la qualité de l’air. », insiste le chercheur. Par conséquent, il faut impérativement végétaliser la ville.
Spécificité de construction et niveau de vie, 2 autres variables prises en compte
Selon l’étude, les caractéristiques du bâti font partie des facteurs entrainant une surmortalité due à la chaleur. Cependant, un niveau de vie élevé n’est pas une variable protectrice de ce risque. « Contrairement aux idées reçues, les arrondissements les plus aisés de Paris sont en moyenne plus vulnérables à une surmortalité liée aux fortes chaleurs. », analyse le chercheur.
« Ce phénomène s’explique facilement en raison d’une faible présence d’espaces verts, combinée à un bâti ancien dense et minéral. » Vous pouvez vous reporter à la carte des arrondissements parisiens ci-dessus.
L’étude fait apparaitre une disparité des taux de végétalisation entre les arrondissements centraux et ceux plus périphériques. D’ailleurs, si vous vous éloignez du centre de Paris, le taux de végétation augmente. Celui-ci passe ainsi de 1,37% dans le IIe à 20,41% dans le XIIe, le plus vert de la capitale. Pour info, les bois de Boulogne et de Vincennes ne sont pas comptabilisés dans l’étude. Par conséquent, les chercheurs sont unanimes, il faut végétaliser la ville.
Par conséquent, en se basant sur les taux relevés, les chercheurs ont réalisé plusieurs modélisations. « Si tous les arrondissements atteignaient un cinquième d’espaces végétalisés, la mortalité liée à la chaleur pourrait diminuer d’environ un tiers. Que ce soit lors des périodes de chaleur modérée, supérieure à 22°C, ou lors des canicules les plus intenses à plus de 25°C. », explique Grégoire Rey**.
Les politiques vont-ils s’attaquer au problème : végétaliser la ville
Conclusion et principal enseignement de cette l’étude « Développer la végétation en ville et mieux répartir les espaces verts entre les quartiers. », selon Hicham Achebak. Les nouveaux maires élus ou réélus prendront-ils le sujet en compte durant leur mandat ?
PAROLE D’EXPERT
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- Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
* Hicham Achebak : Chercheur à l’Inserm.
** Grégoire Rey : Ancien directeur du Centre d’épidémiologie des causes de décès (CépiDc) de l’Inserm.

